La maison-musée

L’histoire de la maison-musée, de sa construction à son ouverture au public

LE GRENIER À SEL

Ancien grenier à sel et châtelet, actuel musée du château de Dourdan © Musée du château de Dourdan
Ancien grenier à sel et châtelet, actuel musée du château de Dourdan © Musée du château de Dourdan

Le château-prison, hautement surveillé, est choisi pour un dépôt de sel soumis à la gabelle

L’édit du roi Louis XV signé à Versailles en janvier 1743 autorise la création d’un grenier pour faciliter la levée de sel de gabelle à Dourdan et ses environs. L’entrepôt de sel destiné à la consommation comprend un territoire de 35 paroisses où les habitants doivent s’approvisionner. Ils peuvent désormais prendre du sel  moyennant « 41 livres le minot ». Ils ont interdiction de se fournir dans d’autres magasins.

Aux dépôts et magasins s’ajoute la circonscription judiciaire. La juridiction est composée d’officiers chargés des fonctions policières et judiciaires : président, grenetier, contrôleur, procureur pour le roi, greffier et receveur.

Plan du rez-de chaussée autrefois grenier à sel servant d'ouvroirs aux détenus © AD91
Plan du rez-de chaussée autrefois grenier à sel servant d'ouvroirs aux détenus © AD91

Un bâtiment est construit à l’emplacement de l’ancienne grange médiévale

Le grenier à sel est établi dans le vieux château fort. A la demande du comte de Verteillac, gouverneur de la ville, l’ancien logis médiéval, apposé contre la courtine nord côté rue de Chartres, est démoli. Les matériaux médiévaux sont réemployés pour la construction du nouveau bâtiment à l’emplacement de l’ancienne grange.

Le sel est stocké dans deux greniers. La vente a lieu à 14h les mercredis et samedis dans la grande salle voûtée du châtelet, qui sert également de logement réservé pour le concierge.

Le grenier à sel est supprimé et reçoit de nouvelles fonctions

L’impôt de la gabelle est supprimé en 1790. Le château est nationalisé en 1791 et accueille la prison du département de Seine-et-Oise. Les bâtiments de l’ancien grenier à sel sont alors transformés en ouvroirs pour les prisonniers. Un grand escalier central est construit pour accéder aux salles du premier étage.

Après le retour des ducs d’Orléans en 1818 et le transfert de la prison départementale à Poissy, l’édifice sert à de multiples services. L’administration des Eaux-et-forêts occupe l’aile ouest ainsi que la partie supérieure du châtelet. En 1828, l’école mutuelle de Dourdan s’installe dans l’aile est du premier étage de l’établissement.

UNE DEMEURE PRIVÉE

Joseph Guyot, Chronique d'une ancienne ville royale Dourdan capitale du Hurepoix. Paris, édition Aubry, 1869 © Musée du château de Dourdan
Joseph Guyot, Chronique d'une ancienne ville royale Dourdan capitale du Hurepoix. Paris, édition Aubry, 1869 © Musée du château de Dourdan

Amédée Guénée

En 1852, Amédée Guénée, notable dourdannais, achète la vieille forteresse, mise en vente par les Domaines après le transfert de l’administration forestière à Rambouillet. Il passe les dix dernières années de sa vie à restaurer le château et transforme la cour en jardin. L’ancien grenier à sel du XVIIIe siècle et le châtelet médiéval sont aménagés en habitation.
Son cousin, Louis-Jacques Guyot, hérite du château en 1863. Un an plus tard, en 1864, Joseph Guyot (1836-1924), en devient propriétaire à la mort de son père.

Joseph Guyot, érudit du XIXe siècle

Joseph Guyot (Paris 1836 – Cannes 1924) est féru d’histoire. Très jeune, il fait paraître en 1869 une remarquable étude sur la ville Chronique d’une ancienne ville royale, Dourdan capitale du Hurepoix. Cette publication sera suivie d’une étude sur le poète Regnard, d’articles historiques, de pièces de théâtre, de poèmes…

En 1889, Joseph Guyot épouse Marie Guibout, décédée en 1910 à l’âge de 44 ans. Leur fille Elisabeth, unique héritière, naît au château de Dourdan en 1894. L’année de la naissance de sa fille, Joseph Guyot fait ériger un jardin d’hiver de style néo-gothique, aujourd’hui disparu.

La famille n’habite qu’une partie de l’année à Dourdan. Ils partagent leur vie entre leur appartement parisien, les voyages et la Riviera.

Salle néo-gothique © François Poche
Salle néo-gothique © François Poche

Un château aux décors néo-gothique et éclectique

Homme passionné, Joseph Guyot passe sa vie à restaurer et aménager la vieille forteresse dans le style néo-gothique, mis à la mode par l’architecte Viollet-le-Duc (1814-1879). Respectueux du passé historique, il fait établir par le célèbre architecte de Pierrefonds un projet de toiture pour la tour maîtresse afin de restituer le toit en poivrière et les hourds détruits lors du siège de 1591. Remeublée, la salle haute de la tour retrouve son décor médiéval.

L’ancien grenier à sel du XVIIIe siècle est réaménagé en une agréable demeure avec tout le confort de son époque. Il y mêle les styles néo-gothique et éclectique : copies de cheminées gothiques, création de meubles, radiateurs en fonte moulés…

Après le décès de sa femme, Joseph Guyot poursuit les aménagements. Il fait ouvrir des lucarnes néo-gothiques en 1914-1915 pour éclairer les combles de l’ancien grenier à sel destinés aux domestiques.

Elisabeth, comtesse Gaillard de la Valdène

Elisabeth, fille de Joseph Guyot, hérite du château au décès de son père survenu à Cannes en 1924. Comtesse Gaillard de la Valdène depuis son mariage en 1919, Elisabeth vit à Paris, puis s’installe à l’étranger. De retour à Dourdan en 1952, elle vend le château en viager en 1961 à la municipalité, qui en devient pleinement propriétaire à sa mort en 1969.

LA MAISON-MUSÉE

Ancien salon de la demeure de Joseph Guyot, actuelle salle dite hôtel-Dieu © Nicolas Piroux
Ancien salon de la demeure de Joseph Guyot, actuelle salle dite hôtel-Dieu © Nicolas Piroux

La création du musée municipal

A partir des années 1960, la maison privée est progressivement transformée en musée par Maître Jean Chanson, notaire à Dourdan et ami de la comtesse. Aidé de l’association des Amis du château et du musée de Dourdan, il commence à réunir les premières collections.

L’établissement devient musée municipal contrôlé par l’État en 1975. Un premier conservateur est nommé en 1977. Le musée bénéfécie depuis 2003 du label Musée de France.